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Des recherches ?

Le lendemain matin, je me levai la tête encore pleine des images du récit de ma tante. En soupirant, je descendis de mon lit et me rendit à la salle de bain, l’air plutôt hagard. Alors que je m’apprêtais à rejoindre Tatie, que j’entendais s’affairer dans la cuisine, je me rendis compte que je n’avais pas vraiment envie de travailler aujourd’hui, que ce soit dans la maison ou à l’extérieur. Habituellement, pourtant, l’avancement des travaux me stimulait. Avec Francis, quand je sentais la fin approcher, je redoublais d’ardeur pour enfin voir le résultat de semaines ou de mois de labeur. Mais là, je savais que cette fin annoncerait l’obligation de passer à autre chose, et c’est justement ce qui me paralysait. Autant, hier encore, j’étais certaine de partir et que rien ne pourrait m’arrêter, autant, à cet instant, je cherchais des raisons de tout remettre en question.

J’entrai dans la cuisine, plongée dans mes pensées, lançant un bonjour machinal à ma tante. Je mis deux tranches de pain dans le grille-pain, puis ouvris distraitement la porte du réfrigérateur pour y prendre la confiture et le jus d’orange. Saisissant au passage un couteau et un verre, je m’assis ensuite au bout de la table, attendant mes rôties.

— Je constate que tu n’es pas au meilleur de ta forme… releva Tatie, sourire en coin.

— Et qu’est-ce qui te fait dire cela ? demandai-je en étouffant un bâillement.

— Oh ! Deux ou trois petites choses, me répondit-elle, le sourire maintenant fendu jusqu’aux oreilles. Comme le fait que tu aies, semble-t-il, décidé de manger des rôties couvertes d’une généreuse couche de relish, étendue vraisemblablement à l’aide d’une fourchette, et accompagnées d’un verre de soda gingembre…

Je la dévisageai un instant, sourcils froncés, avant de me rendre compte que sa description de mon futur déjeuner était en tous points exacte. Je souris bêtement, avant de reprendre le chemin du réfrigérateur pour revenir avec la bonne combinaison.

— Qu’est-ce qui te tourmente ainsi, ma belle ?

Regardant par la fenêtre, je soupirai une fois de plus. Je ne répondis pas tout de suite, cherchant une réponse adéquate.

— Au tout début de cette histoire, je me suis demandé si je ne devais pas faire quelques recherches avant de me lancer, tête baissée, dans cette aventure. Puis je me suis dit que je devais d’abord t’aider dans les rénovations de la maison pour que tu ne te retrouves pas devant une trop lourde charge de travail, advenant mon départ. Et pour être honnête, je ne savais pas vraiment comment m’y prendre pour obtenir des résultats dignes de ce nom. Aujourd’hui, alors que je m’apprête à partir dans une quinzaine de jours, il me semble que je suis revenue au point de départ…

Nous avions en effet convenu, à la fin du récit de Tatie la veille, qu’il valait mieux que je tente ma chance à la prochaine pleine lune. J’avais suffisamment tergiversé…

— Tu te rappelles que ta mère avait entrepris de trouver les réponses aux questions qu’elle se posait en écrivant aux historiens et aux bibliothèques ? demanda Hilda.

— Bien sûr ! répondis-je. Mais tu ne crois pas qu’il est un peu tard pour me lancer dans ce genre de quête ? Je sais bien que je pourrais toujours repousser mon départ, dans l’attente de résultats satisfaisants, mais je te rappelle que tu as dit toi-même que ma mère était allée chercher directement là-bas les réponses qu’elle n’avait pas trouvées dans son propre monde. Je risque donc davantage de perdre mon temps que de réussir à amasser de l’information vraiment pertinente.

— Je dois avouer que tu n’as pas tort. Je me demande…

Je la regardai, attendant qu’elle aille au bout de son idée.

— Comment se fait-il que les lettres de ma mère ne contenaient pas les renseignements pour permettre à l’une de ses descendantes de se rendre là-bas avec des connaissances suffisantes ? Je croyais que ces écrits devaient servir à vous expliquer votre mission par rapport à l’histoire de la Terre des Anciens, conclut-elle, confondue.

Je lui expliquai alors pourquoi les lettres de sa mère ne pouvaient me venir en aide et elle comprit pourquoi sa fille ne lui avait jamais envoyé de traduction de ces mêmes lettres ; elle aussi avait probablement décidé de les lire avant de prendre sa décision.

— Est-ce que je peux les voir ?

Arrachée à ma réflexion, je haussai les sourcils en signe d’incompréhension.

— Les lettres… Est-ce que je peux les voir ?

— Bien sûr.

Je courus les chercher, puis les étalai sur la table. Trois des feuilles étaient toujours vierges, la lettre d’introduction n’avait pas changé non plus. Par contre, celle qui s’était écrite sous mes yeux la dernière fois que je l’avais regardée me parut différente. Fronçant les sourcils, je la repris. Le texte occupait effectivement tout l’espace, contrairement au seul paragraphe de ma dernière lecture, et le langage utilisé n’était plus celui des Filles de Lune. C’était vraiment très étrange. J’expliquai à Tatie ce qu’il en était.

— Peux-tu lire cette nouvelle forme d’écriture ?

— Je n’en ai pas la moindre idée, mais je peux toujours essayer.

Je me concentrai sur les caractères pendant quelques minutes, fixant intensément certains mots en espérant qu’ils prennent soudain une signification particulière, mais rien ne vint.

— Il doit bien y avoir un moyen de comprendre ce qui est écrit, dis-je avec exaspération. Je ne peux pas croire que cette lettre ait changé simplement pour son bon plaisir !

Regardant toujours le papier jauni, je demandai à Tatie :

— Au fait, pourquoi voulais-tu voir ces lettres puisque tu m’as dit que tu ne pouvais pas les lire ?

Après quelques minutes, comme elle ne répondait toujours pas à ma question, j’abandonnai ma contemplation inutile et me tournai vers elle. Tatie, contrairement à moi, regardait toujours la feuille posée sur la table. Sourcils froncés, elle me parut excessivement concentrée pour une personne qui ne savait pas lire cette forme d’écriture. À la fin de ce qui me sembla une éternité, le visage de Tatie s’éclaira.

— Je crois que je vais enfin servir à quelque chose dans cette histoire. Je n’y croyais plus…

— Tu veux dire que tu comprends ce qui est écrit ? demandai-je, incrédule.

Elle hocha lentement la tête, en signe d’assentiment, ne lâchant toujours pas l’étrange écriture des yeux.

— Mais comment est-ce possible ? Je croyais que…

Elle ne me laissa pas terminer ma phrase.

— Ce n’est pas une lettre de Miranda cette fois-ci, même si elle est écrite sur le même papier ; c’est une missive d’Andréa…

Je secouai la tête. Cela n’avait pas de sens. Qu’une lettre disparaisse pour être remplacée par une seconde, différente mais du même auteur, passe encore, mais que cette lettre soit maintenant écrite par une autre personne…

— Andréa a utilisé une très vieille forme de magie pour réaliser cet exploit. Elle explique que seule la personne à qui est destinée la lettre pourra la lire. Cette dernière restera incompréhensible à toute autre personne.

— Est-ce que je peux tout de même savoir ce qu’elle te dit ou je risque d’être transformée en une créature monstrueuse ?

J’étais à deux doigts de la crise de nerfs.

— Bien sûr que tu peux savoir. C’est justement pour te renseigner que ta mère a écrit cette lettre.

Je la regardai, sourcils froncés, mais ne lui demandai pas pourquoi maman ne me l’avait pas écrite à moi tout simplement ; je ne voulais pas la blesser, surtout que, pour une fois, elle avait l’impression d’être vraiment impliquée à part entière dans cette aventure. Mais comme toujours, Tatie sembla lire dans mes pensées.

— Elle ne pouvait pas t’écrire directement puisqu’elle aurait ainsi enfreint les règles de Miranda concernant les lettres. Elle ne pouvait aller à l’encontre de ce que cette dernière avait décidé, c’est-à-dire ne rien révéler à celle qui n’accepterait pas d’abord la mission qu’elle désirait lui confier. Craignant que tu n’en viennes un jour à commettre la même erreur qu’elle, Andréa a voulu éviter que tu perdes tout, à ton tour. Mais je te préviens, elle ne répond pas vraiment à tes interrogations actuelles ; elle te donne plutôt les moyens de trouver des réponses une fois là-bas. C’est tout ce qu’elle a la possibilité de faire sans contrevenir aux souhaits de sa grand-mère.

Je soupirai. Pourquoi fallait-il que tout soit toujours aussi compliqué ?

— Eh bien, je t’écoute, dis-je, résignée.

— Je vais aller directement aux passages qui te concernent ; inutile de te répéter ce que je viens de te dire…

 

… Naïla doit d’abord savoir que la seule personne en qui elle puisse avoir totalement confiance sur la Terre des Anciens, c’est elle-même. Une fois sur place, elle ne pourra se fier à quiconque puisque tous, les bons comme les mauvais, convoitent l’allégeance d’une Fille de Lune, et les moyens pour l’obtenir n’ont rien de commun avec le savoir-vivre et la chevalerie. Par ailleurs, ce n’est pas la vie que l’on peut observer chaque jour, dans ce monde parallèle, qui est une menace et un danger permanent, mais bien celle que le commun des mortels ne voit quasiment jamais, celle qui se vit dans l’ombre : dans les donjons des vieux châteaux, dans les grottes au sommet des montagnes, sous les mers, dans les îles perdues ou aux confins des Terres Intérieures. Partout où l’on est loin de la civilisation, mais près du pouvoir, le monde est dur et cruel ; seuls les forts arrivent à survivre, les faibles sont piétines sans aucune pitié. Il ne faut donc jamais croire que cette terre a changé et qu’elle n’est plus qu’un monde parmi d’autres. Tout ce qu’elle a été par le passé somnole simplement, se réveillant parfois quelques jours ou quelques années et se rendormant finalement parce que, de part et d’autre, il manquait encore quelque chose d’essentiel.

Il ne faut surtout pas, non plus, que ma fille oublie qu’il existe cinq autres mondes, à part celui de Brume et la Terre des Anciens soit : Mésa, la terre des nains et des mondes marins ; Elfré, le monde des elfes, des nymphes et des très rares fées ayant existé ; Golia, le domaine des géants ; Dual, la terre de prédilection de tous les mutants naturels, comme les centaures ; et le plus intrigant de tous, l’univers de Bronan d’où nul ne semble jamais revenir. Une fois sur place, Naïla comprendra et parlera, sans apprentissage aucun, toutes les formes de langage de la Terre des Anciens et des autres mondes. C’est un don extrêmement précieux pour une Fille de Lune, même s’il nous vient d’une ascendance qui nous enchaîne. Je me dois maintenant d’être brève et concise pour les recommandations puisque c’est la seule page à laquelle j’ai droit.

Pour survivre, Naïla devra impérativement se rendre à la montagne aux Sacrifices peu de temps après son arrivée, afin que ses pouvoirs lui soient accordés dans leur totalité ; elle pourra ainsi mieux se défendre. J’y laisserai un message pour elle si la vie me le permet. Il lui faudra aussi retrouver la Recluse pour qu’elle lui raconte la vieille histoire des Filles de Lune, son histoire. C’est essentiel. Je suis certaine que la sorcière des Canac sera toujours en vie ; plus Naïla s’en tiendra loin, mieux elle se portera. Je ne sais pas s’il en ira de même pour Wandéline, mais elle doit savoir que cette dernière change continuellement de camp ; mieux vaut s’en méfier. Je ne peux pas lui révéler l’identité de son père puisque je l’exposerais ainsi à un grave danger, mais elle doit savoir qu’elle n’aura aucun doute sur son identité si elle le rencontre un jour. Il faut aussi qu’elle sache qu’un dénommé Uleric prétend être le dernier Sage encore en vie sur la Terre des Anciens, mais qu’il n’en est rien. Au moment où je suis revenue de là-bas, il y en avait au moins deux autres ; ces derniers ont d’excellentes raisons de se cacher dans les Terres Intérieures. Uleric tentait également, en 1973 du monde de Brume, de recréer l’ancienne confrérie des protecteurs des Filles de Lune, les Cyldias. Même s’il avait réussi, je ne suis pas certaine que ce soit une bonne nouvelle pour les rares Filles de Lune restantes. La formation de ces hommes redoutables de par leurs pouvoirs et leur puissance prenait plusieurs années et n’acceptait que des Êtres d’Exception possédant des talents devenus excessivement rares. N’aurons-nous que des semblants de gardes du corps ? Mieux vaut se méfier que de confier notre vie à ces hommes, s’ils existent réellement. Le dernier conseil que je puisse donner à ma fille est de ne jamais cesser de croire en elle et en ses capacités, mais surtout de faire preuve d’une ouverture d’esprit totalement hors du commun. Ce n’est qu’au prix de grands efforts que nous pourrons peut-être un jour mettre un terme à la quête des trônes et à la descendance de Mévérick. Puisse Alana lui venir en aide et la protéger si elle choisit de venir me rejoindre…

 

Andréa

 

P.-S. Il ne sert à rien de reprendre les recherches que j’avais menées en 1972. Même si je me doute que les moyens ont évolué et que de nouveaux faits ont probablement vu le jour ; rien ne pourrait la préparer réellement à ce qui l’attend de l’autre côté. Que Naïla garde son énergie, elle en aura bien besoin.

 

— C’est tout ? demandai-je bêtement, même si je savais qu’une seule page ne pourrait pas répondre à toutes les questions que je me posais.

— Malheureusement, oui.

Tatie avait l’air aussi déçue que moi, mais elle me fit cependant remarquer que ces informations valaient mieux que rien. Force me fut d’admettre qu’elle avait raison. Nous discutâmes tout au long du déjeuner, surtout du fait que je comprendrais vraisemblablement toutes les langues de ces mondes étranges.

Par le passé, je m’étais souvent interrogée sur cette facilité que j’avais à apprendre et à maîtriser rapidement différentes langues, sans avoir à fournir beaucoup d’efforts. C’est ce don qui avait guidé mon choix à l’université. Il semblait donc que je devais cette particularité à ma curieuse ascendance.

Je sortis prendre l’air pour le reste de la matinée. La marée descendait et mes pas me conduisirent immanquablement vers la pierre lunaire. Même si, de mon îlot rocheux, je n’en voyais que le sommet, je sentais maintenant sa présence, comme si elle était vivante. J’hésitais cependant à m’en approcher ; j’avais toujours en mémoire la vision de la vieille femme.

Cette dernière m’avait à nouveau visitée dans mes songes, ces dernières semaines, mais jamais elle n’avait été nommée. Je me demandais maintenant si ce n’était pas l’une des sorcières que ma mère avait mentionnées dans sa lettre de ce matin. Prise de curiosité, je passai de pierre en pierre, évitant de marcher dans l’eau encore froide, afin d’atteindre celle qui me fascinait. J’y pensais chaque jour, me demandant ce qu’il arriverait au moment où je viendrais de nuit. Debout sur une roche, je la regardais d’en haut, indécise. Puis, instinctivement, je m’accroupis et tendis la main pour la toucher. Contrairement à ma tentative précédente, j’y laissai mes doigts plusieurs secondes. Certaines images s’imposèrent encore une fois à mon esprit avec une clarté presque irréelle.

Si la vieille fit un retour logique, elle disparut presque aussitôt, remplacée par le visage d’un jeune homme dans la vingtaine. Mais je ne pus l’identifier tellement il passa rapidement, immédiatement éclipsé par l’apparition d’un homme dans la quarantaine. Il portait une longue robe bourgogne avec une large ceinture. Il avait les oreilles légèrement étirées vers le haut, comme les lutins du père Noël, et de longs cheveux châtains bouclés qui me rappelèrent étrangement ceux de ma fille, Alicia. Ses yeux, dont je ne parvenais pas à distinguer la couleur, étaient empreints de tristesse. Il fronçait les sourcils, comme s’il se concentrait intensément. De sa main à six doigts, pendait un cordon de cuir où un étrange médaillon était accroché. Cette vision resta en suspens dans mon esprit bien après que j’eus retiré ma main et regagné la maison.

 

Naïla de Brume
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